Tendance des habitudes alimentaires en Suisse romande sur vingt ans : vers une alimentation plus saine
Pedro Marques-Vidal, Jean-Michel Gaspoz, Jean-Marc Theler, Idris Guessous.
Twenty-year trends in dietary patterns in French-speaking Switzerland: toward healthier eating. The American Journal of Clinical Nutrition, Juillet 2017, doi: 10.3945/ajcn.116.144998.
Résumé
Contexte : Les habitudes alimentaires fournissent un condensé de l'apport alimentaire, mais, à notre connaissance, peu d'études ont évalué les tendances des habitudes alimentaires dans la population.
Objectif : L’étude visait à évaluer les tendances d’habitudes alimentaires sur 20 ans, dans un échantillon représentatif de la population de Genève, Suisse, en tenant compte de l'âge, du sexe, de l'éducation et de la génération.
Méthode : Des analyses transversales répétées et indépendantes ont été menées entre 1993 et 2014. L'apport alimentaire a été évalué à l'aide d'un questionnaire validé de fréquence alimentaire. Les habitudes alimentaires ont été évaluées par des analyses en composantes principales.
Résultats : Parmi 18 763 adultes, un modèle alimentaire sain ("poisson et légumes") et deux modèles alimentaires malsains ("viande et frites" et "chocolat et sucreries") ont été identifiés. Les scores du modèle "poisson et légumes" ont augmenté, tandis que les scores des modèles "viande et frites" et "chocolat et sucreries" ont diminué chez les deux sexes et dans tous les groupes d'âge. L'augmentation plus forte du score du modèle "poisson et légumes" chez les personnes participantes moins éduquées a conduit à une réduction des différences quant au niveau d’éducation (scores moyens ± écart type en 1993 : -0.56 ± 1.39 dans les groupes peu éduqués contre -0.05 ± 1.58 dans les groupes très éduqués ; P < 0.001 ; scores en 2014 : 0.28 ± 1.64 contre 0.24 ± 1.83, respectivement ; P = 0.772). L'analyse générationnelle a montré que les groupes d'âge plus avancés avaient tendance à montrer des changements plus petits que les groupes plus jeunes : la variation annuelle du score pour le modèle "chocolat et sucreries" était de -0.021 (IC à 95 % : -0.027, -0.014 ; P < 0.001) pour la cohorte de 35 à 44 ans comparé à -0.002 (IC à 95 % : -0.009, 0.005 ; P = 0.546) pour la cohorte de 45 à 54 ans.
Conclusions : Trois modèles alimentaires ont été distingués ; les scores du modèle "poisson et légumes" ont augmenté, tandis que les scores des modèles "viande et frites" et "chocolat et sucreries" ont diminué. Les augmentations plus fortes du score du modèle "poisson et légumes" chez les participant-es moins éduqué-es ont conduit à une réduction des différences au niveau de l'apport alimentaire entre les divers niveaux d'éducation.
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